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Hanoï, marché Đồng Xuân — à l'aube, les cuves de pho s'éveillent avant la ville
Cuisine 🇻🇳 Vietnam

Hanoï, marché Đồng Xuân — à l'aube, les cuves de pho s'éveillent avant la ville

À l'aube, le marché Đồng Xuân de Hanoï s'éveille dans la vapeur du phở. Plongée sensorielle dans le plus vieux marché couvert de la capitale vietnamienne.

| 7 min de lecture

Avant même que les motos envahissent les artères de Hanoï, une autre ville s’éveille dans le silence tiède de l’aube — une ville de vapeur, de braise et de bouillon. Le marché Đồng Xuân, fondé en 1889 sous l’administration française, est le plus vieux marché couvert de la capitale vietnamienne, et c’est à 5h du matin qu’il révèle son âme la plus authentique, loin des foules et des devantures de la vieille ville.

Meilleur moment pour y aller

La fenêtre idéale pour explorer Đồng Xuân sous son meilleur jour s’étend d’octobre à avril : la saison sèche du Nord-Vietnam offre une lumière dorée et une fraîcheur matinale qui rend la promenade agréable. De décembre à février, le brouillard matinal s’attarde sur les ruelles environnantes, enveloppant les cuves fumantes d’un halo presque cinématographique.

Côté horaire, l’heure d’or est sans conteste entre 5h et 7h30. C’est là que les marchandes de soupe installent leurs trépieds pliant, que les grandes marmites d’os de bœuf achèvent leur nuit de cuisson et que l’air se charge d’anis étoilé et de cannelle. Passé 9h, la foule grossit, les étals de gros se remplissent de grossistes, et la magie du petit matin se dissout dans l’agitation commerciale.

Expériences essentielles

L’entrée principale du marché Đồng Xuân

Franchir le portail néo-colonial aux cinq frontons, c’est pénétrer dans un espace-temps à part. La structure en métal et en béton, rénovée après l’incendie de 1994, abrite en son sein plus de 2 000 box de grossistes — textiles, quincaillerie, jouets, épices — mais ce sont les ruelles extérieures, côté nord-est, qui concentrent toute la vie culinaire du petit matin. Les néons jaunes tremblotent sur des visages concentrés, des sacs de toile s’empilent, des chariots à deux roues dévalent les allées : le ballet logistique de Hanoï a commencé.

Les cuves de phở bò

C’est le cœur battant du reportage. Sur des trépieds en acier posés à même le bitume ou à l’intérieur de boxes exigus, des cuves en inox de 50 à 100 litres frémissent depuis la veille au soir. Le bouillon — construit sur une armature d’os de bœuf (xương ống), de gingembre brûlé, d’oignons carbonisés, de badiane, de cannelle et de clous de girofle — a mijotée huit à douze heures pour atteindre cette limpidité ambrée et cette profondeur aromatique. Les marchandes servent debout, avec une précision de chirurgien : une louche de bouillon brûlant, une poignée de nouilles de riz fraîches, quelques tranches de bœuf cru (tái) qui cuisent dans le bol, puis la garniture — herbes, citron vert, piment frais. Un bol coûte rarement plus de 30 000 à 40 000 VND (environ 1,20 €) et se consomme accroupi sur un tabouret bas, coude à coude avec les livreurs et les marchandes.

L’allée des épices

Derrière le flanc ouest du marché s’étire une ruelle que les Hanoïens appellent familièrement « la rue des parfums ». Des sacs en toile de jute déversent leurs trésors sur des étals de bois : badiane du Lạng Sơn en étoiles parfaites, bâtons de cannelle de Yên Bái à l’écorce rougeâtre, cardamome noire fumée (thảo quả), graines de coriandre, poivre de Phú Quốc. Ce sont précisément ces épices — torréfiées à sec avant d’aller dans les cuves — qui donnent au phở du Nord son profil olfactif inimitable, plus sobre et plus net que le phở du Sud. Passer ici avant de s’asseoir pour son bol, c’est comprendre d’où vient l’odeur qui vous a arrêté net à l’entrée de la ruelle.

Les marchandes de bánh cuốn

Au détour d’une allée intérieure, une femme assise devant un réchaud à bois étale une fine couche de pâte de riz fermentée sur un tamis tendu au-dessus d’une marmite d’eau bouillante. Trente secondes, et la galette translucide est prête — décollée à l’aide d’une baguette de bambou, farcie d’une brunoise de porc haché et de champignons noirs, roulée avec une dextérité acquise en quarante ans de pratique. Le bánh cuốn de Hanoï se sert tiède, nappé d’un nuoc-mâm légèrement sucré, avec des tranches d’escargots sautés (chả lụa) et une poignée d’herbes fraîches. C’est un plat de petit-déjeuner d’une délicatesse inattendue, souvent éclipsé par la célébrité du phở, mais tout aussi représentatif de la cuisine populaire du Nord.

Café de trottoir au cà phê trứng

Passé 7h, quand les cuves de phở commencent à se vider, le rituel bascule vers le café. À deux cents mètres du marché, sur Đinh Tiên Hoàng ou dans les ruelles adjacentes, de petites échoppes servent le cà phê trứng — le café à l’œuf inventé à Hanoï dans les années 1940 en substitut au lait rare de l’époque. Un expresso de robusta vietnamien fort et amer, sur lequel flotte une mousse crémeuse battue à partir de jaune d’œuf, de sucre condensé et parfois d’un soupçon de fromage. Le contraste est saisissant : l’amertume du café tranche sur la douceur de la crème, et la texture veloutée de la mousse se tient plusieurs minutes. À déguster à la petite cuillère, assis sur un tabouret de plastique rouge, en regardant la ville finir de s’éveiller.

Itinéraire recommandé

Un demi-journée suffit pour saisir l’essentiel, à condition de se lever tôt.

Budget · transport · réservation

Đồng Xuân est un marché populaire : aucune réservation n’est nécessaire, et la plupart des expériences culinaires restent remarquablement accessibles.

Conseils indispensables

En guise de conclusion

Il existe des matins dans certaines villes où le temps se suspend entre la nuit et le jour, et où l’on touche quelque chose d’essentiel dans la manière dont les gens se nourrissent, se réunissent et transmettent leur savoir-faire sans y attacher d’importance particulière. Đồng Xuân à l’aube est l’un de ces matins-là — un Hanoï sans filtre, sans mise en scène, où chaque bol de phở est le résultat de douze heures de travail silencieux et d’un geste hérité. Régler son réveil à 4h45, remonter les ruelles dans le froid bleuté, et se laisser guider par l’odeur de l’anis étoilé : c’est peut-être la meilleure chose à faire dans cette ville.

🏨 Où dormir

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